Critique - Un Elephant, ça trompe énormément (Yves Robert)

Publié le par raoulcinephile

Ce premier volet du dytique d’Yves Robert, consacré à l’amitié entre les hommes, reprend la formule des films de copains à la Claude Sautet. Formule reprise récemment, version bobos, par Guillaume Canet et son larmoyant Les Petits mouchoirs. Un tel procédé reposant essentiellement sur l’épaisseur des protagonistes, on ne peut que louer la peinture que nous propose le réalisateur français. Des personnages variés, plus sympathiques que ceux de Vincent, François, Paul…et les autres par exemple. Le fait à un casting globalement accrocheur et des personnalités bien trempées.

 

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. Un dénouement moralisateur

 

Plus que les moments de camaraderie filmés, entre vacheries et tendresse,  c’est le déroulement des problèmes conjugaux qui tient le spectateur en haleine. Chacun menant une vie immorale, mari qui trompe sa femme ou cherche à le faire, le film opère finalement un retournement moralisateur au cours duquel chaque jouisseur est puni. Jean Rochefort se retrouve en peignoir, sur un balcon, oublié par sa maîtresse (son mari revenu au mauvais moment), Victor Lanoux délaissé plusieurs fois par sa femme (le trompant à son tour, lui le mari volage), Guy Bedos le bras dans le plâtre la faute à un mari punitif ayant découvert le cocufiage. Intéressant retournement de situation. Le film date de 76 et la vague de « l’amour libre » héritée de 68 semble déjà loin tant la pratique est moquée, tendrement, à plusieurs reprises.

 

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Mon pote, Gérard, qui imite l'éléphant 

 

. Un penchant littéraire

 

On apprécie également cet aspect très littéraire du film, jouant beaucoup sur les monologues du personnage incarné par Jean Rochefort. Mi-moqueur, mi-hommage, le phrasé du protagoniste est précieux, le texte ampoulé à l’extrême alors qu’il ne s’agit de décrire que des situations ordinaires. Un angle franchement casse-gueule, comment verbaliser sans redire, la peur de la lourdeur, globalement réussi ici.

Dans les reproches, il ne faut pas se voiler la face il y en a, on tapera sans trop hésiter, griffes dehors, sur cet humour communautariste, donc forcément hermétique pour qui n’en est pas, tendance pieds noirs servis par Marthe Villalonga et Guy Bedos. Difficile de décrocher un sourire face à ce traitement si singulier des situations cocasses, des liens familiaux (la mère envahissante…).

 

Conclusion

 

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Un plutôt bon film pour mon pote Marcel

 

Alors, il est bon ce film ? Meilleur que le second opus, la formule fonctionne déjà moins bien même si la dernière partie du film cherche à inclure un peu de dramaturgie dans ces virées joyeuses, ce premier volet reste une bonne variation sur le canevas classique des « copains qui s’amusent, entre hommes ». Une bien meilleure approche que les récentes tentatives, Esposito/Canet…, car plus sincère, plus proche de nous aussi.

 

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