Critique - Last Action Hero (McTiernan)

Publié le par raoulcinephile

Juin 1993, John McTiernan, grand maître du cinéma d’action hollywoodien des années 80 (Piège de Cristal, Predator…), films à spectacle mais jamais idiots, signait l’une des meilleures productions de Schwarzenegger : Last Action Hero. Retour sur un four absolu, un écart de 35 millions d’euros tout de même entre les bénéfices et le coût, œuvre pourtant brillante sur bien des points.

 

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. De l’autoparodie 

 

Nombreux furent les stars du cinéma d’action burné de ces années là à s’auto parodier à un moment donné, comme le besoin de faire le point, prendre un recul salvateur un brin ironique sur une carrière rondement menée, participation active à l’exploitation de codes tacitement acceptés. Chuck Norris dans Sidekicks où, dès le début du film, il pastiche les fameuses scènes de baston homériques (seul contre tous) en savatant comme une machine des dizaines de ninjas ; Stallone dans le poussif Arrête où ma mère va tirer où, en tant que vieux loup solitaire, il verra son espace intime, fortement masculin, perturbé par une mère envahissante.

 

Schwarzenegger entreprit l’opération avec ce film. Il incarne, une fois n’est pas coutume, un monolithe, puissant et ravageur, distribuant autant de punchs que de blagues bien senties. On retrouve là les deux traits classiques du film d’action des années 80 comme Hollywood savait si bien en faire. Du spectaculaire plutôt que du sérieux et beaucoup de vannes histoire de nous montrer que l’on n’est pas dans la réalité mais bien dans cette fiction sublimée par la caméra. L’ancien governator lâche ainsi quelques pépites du style « Tu aimes les omelettes ?/Parce que je vais te casser les œufs » (donnant un violent coup de pied dans l’entrejambe d’un flic lui barrant la route).

 

Blagues ras des pâquerettes assumées, ambiance bon enfant poussée au maximum. Le film, par son constant contraste entre la réalité et la fiction, met en valeur le stéréotype, un brin moqué, si bien incarné par Schwarzenegger des années durant. Il fume un gros cigare en tirant, à l’aise et sûr de lui, dans des courses-poursuites, gagne toujours, incarne le Bien contre un Mal (clairement identifié). Les codes tant utilisés sont bien là.

 

. Un film pour cinéphiles 

 

Que l’on ne s’y trompe pas, le film a beau être un action movie, la production de McTiernan n’en demeure pas moins un condensé de références pour cinéphiles. Sharon Stone sort du poste de police comme si elle venait de clore son fameux entretien issu de Basic Instinct (de nombreux autres caméos peuvent être listés comme celui de Van Damme ou James Belushi), Danny, l’enfant qui passe dans le monde de la fiction, file en vélo, se trouvant, l’espace d’un instant, dans la même position que l’enfant star du E.T. de Spielberg.

 

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Greta Garbo, Humphrey Bogart, et bien d’autres interviennent de façon plus ou moins appuyée. Des films sont également cités, ou subtilement désignés, comme Le Septième sceau, Autant en emporte le vent ou encore King Kong. Au final, Last Action Hero devient une sorte de grand condensé cinéphilique jouant autant de l’hommage que de l’ironie.

 

. Le dernier des Mohicans

 

Last Action Hero incarne également, en quelque sorte, le dernier des mohicans en matière de films d’action hollywoodiens. Ce film bon enfant, montrant une Amérique de rêve où le soleil semble ne jamais s’éloigner bien longtemps, où les filles sont belles et les glaces succulentes. Une vraie carte postale, aussi factice que séduisante où les repères sont forts, comme pour ne pas nous perdre, nous montrer des balises inexistantes dans une réalité trop complexe.

 

Le Bien, le Mal, les intentions de chacun, tout est fluide, parfaitement limpide. Tout comme la violence proposée. Jamais réel, toujours idéalisée. On saigne peu dans ces films, le spectaculaire est là mais pas les conséquences (blessures sérieuses, vraiment handicapantes…). Quelques années plus tard, peu au fond, ce sera l’avènement des films d’action réalistes et violents. Une vraie rupture avec ce climat sympathique des Schwarzenegger ou Stallone. C’est l’heure du trouble, des héros jamais totalement bons, de scénarios complexes et de motivations tortueuses. La saga Jason Bourne en est un exemple. Bref, la fin d’une époque.

 

Conclusion

 

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Mon pote Michel adore

 

Alors, ce film il est bon ? Très bon même. On tient là, comme une sorte de baroud d’honneur, la quintessence du film d’action hollywoodien des années 80. Riche en références, drôle, réutilisant à merveille tous les codes instaurés en y ajoutant une pincée de d’autodérision. Il fallait au moins cela pour conduire un tel enterrement.

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